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Je crois que vous faites erreur »

— Ce sera suffisant! répondit Ahmet.

— Oui! … s’il y en a assez! … murmura Bruno, dont les dents s’allongeaient sous la surexcitation d’une véritable fringale.

— Passez dans l’autre chambre, répondit le gardien. Ce qui est sur la table est à votre disposition!

— Et Bruno nous servira, répondit Kéraban, tandis que Nizib ira aider le postillon à remiser le moins mal possible, à l’abri du vent, notre araba et son équipage! »

Sur un signe de son maître, polo ralph lauren pas cher Nizib sortit aussitôt, afin de tout disposer pour le mieux.

En même temps, le seigneur Kéraban, Van Mitten et Ahmet, suivis de Bruno, entraient dans la seconde chambre et prenaient place devant un foyer de bois flambant, près d’une petite table. Là, dans des plats grossiers se trouvaient quelques restes de viande froide, auxquels les voyageurs affamés firent honneur. Bruno, les regardant manger si avidement, semblait même penser qu’ils leur en faisaient trop.

« Et mais il ne faut pas oublier Bruno ni Nizib! fit observer Van Mitten, après un quart d’heure d’un travail de mastication que le serviteur du digne Hollandais trouva interminable.

— Non certes, répondit le seigneur Kéraban, il n’y a pas de raison pour qu’ils meurent de faim plus que leurs maîtres!

— Il est vraiment bien bon! murmura Bruno.

— Et il ne faut point les traiter comme des Cosaques! … ajouta Kéraban! … Ah! ces Cosaques! . maillot lacoste.. on en pendrait cent….

— Oh! fit Van Mitten.

— Mille … dix mille … cent mille … ajouta Kéraban en secouant son ami d’une main vigoureuse, qu’il en resterait trop encore!… Mais la nuit s’avance! … Allons dormir!

— Oui, cela vaut mieux! » répondit Van Mitten, qui, par ce « oh! » intempestif, avait failli provoquer le massacre d’une grande partie des tribus nomades de l’Empire moscovite.

Le seigneur Kéraban, Van Mitten et Ahmet revinrent alors dans la première chambre, au moment où Nizib y rejoignait Bruno pour souper avec lui. Là, s’enveloppant de leur manteau, étendus sur les bancs, tous trois cherchèrent à tromper dans le sommeil les longues heures d’une nuit de tempête. Mais il leur serait bien difficile, sans doute, de dormir dans ces conditions.

Cependant, Bruno et Nizib, attablés l’un devant l’autre, se préparaient à achever consciencieusement ce qui restait dans les plats et au fond des brocs, — Bruno, toujours très dominateur avec Nizib, Nizib, toujours très déférent vis-à-vis de Bruno.

« Nizib, dit Bruno, à mon avis, lorsque les maîtres ont soupé, c’est le droit des serviteurs de manger les restes, quand ils veulent bien leur en laisser.

— Vous avez toujours faim, monsieur Bruno? demanda Nizib d’un air approbateur.

— Toujours faim, Nizib, surtout quand il y a douze heures que je n’ai rien pris!

— Il n’y paraît pas!

— Il n’y paraît pas!. ralph lauren big pony.. Mais, ne voyez-vous pas, Nizib, que j’ai encore maigri de dix livres depuis huit jours! Avec mes vêtements devenus trop larges, on habillerait un homme deux fois gros comme moi?

— C’est vraiment singulier, ce qui vous arrive, monsieur Bruno! Moi! j’engraisse plutôt à ce régime-là!

— Ah! tu engraisses! … murmura Bruno, qui regarda son camarade de travers.

— Voyons un peu ce qu’il y a dans ce plat, dit Nizib.

— Hum! fit Bruno, il n’y reste pas grand chose … et, quand il y en a à peine pour un, à coup sûr il n’y en a pas pour deux!

— En voyage, il faut savoir se contenter de ce que l’on trouve, monsieur Bruno!

— Ah! tu fais le philosophe, se dit Bruno! Ah! tu te permets d’engraisser! … toi! »

Et ramenant à lui l’assiette de Nizib: « Eh! que diable vous êtes-vous donc servi là? dit-il.

— Je ne sais, mais cela ressemble beaucoup à un reste de mouton, répondit Nizib, qui replaça l’assiette devant lui.

— Du mouton? … s’écria Bruno. Eh! Nizib, prenez garde! … Je crois que vous faites erreur!

— Nous verrons bien, dit Nizib, en portant à sa bouche un morceau qu’il venait de piquer avec sa fourchette.

— Non! … non! . maillot de bain lacoste.. répliqua Bruno, en l’arrêtant de la main. Ne vous pressez pas! Par Mahomet, comme vous dites, je crains bien que ce ne soit de la chair d’un certain animal immonde, — immonde pour un Turc, s’entend, et non pour un chrétien!

— Vous croyez, monsieur Bruno?

— Permettez-moi de m’en assurer, Nizib. »

Et Bruno fit passer sur son assiette le morceau de viande choisi par Nizib; puis, sous prétexte d’y goûter, il le fit entièrement disparaître en quelques bouchées.

« Eh bien? demanda Nizib, non sans une certaine inquiétude.

— Eh bien, répondit Bruno, je ne me trompais pas! … C’est du porc! … Horreur! Vous alliez manger du porc!

Le postillon éprouvait de la peine »

Il n’y eut pas jusqu’à la nappe, jusqu’aux serviettes, jusqu’aux bancs qu’il fallut régler séparément et d’avance, même les couteaux, les verres, les cuillers, les fourchettes, les assiettes.

On le comprend, cela ne pouvait tarder à agacer le seigneur Kéraban, si bien qu’il finit par acheter en bloc les divers ustensiles nécessaires à son souper, mais non sans de vives objurgations, que l’hôtelier reçut, d’ailleurs, avec une impassibilité qui eût fait honneur à Van Mitten.

Puis, le repas acheté, Kéraban retrocéda ces objets, qui lui furent repris avec cinquante pour cent de perte.

« Il est encore heureux qu’il ne vous fasse pas payer la digestion! dit-il. Quel homme! Il serait digne d’être ministre des finances de l’empire ottoman! solde polo ralph lauren En voilà un qui saurait taxer chaque coup de rames des caïques du Bosphore! »

Mais, on avait assez convenablement soupe, c’était l’important, ainsi que le fit observer Bruno, et l’on partit, lorsque la nuit était déjà faite, — une nuit sombre et sans lune.

C’est une impression toute particulière, mais qui n’est pas sans charme, que de se sentir emporté au trot soutenu d’un attelage, au milieu d’une obscurité profonde, à travers un pays inconnu, où les villages sont très éloignés les uns des autres, les rares fermes disséminées dans la steppe à de grandes distances. Le grelot des chevaux, le cadencement irrégulier de leurs sabots sur le sol, le grincement des roues à la surface des terrains sablonneux, leur choc aux ornières de chemins fréquemment ravinés par les pluies, les claquements de fouet du postillon, les lueurs des lanternes, qui se perdent dans l’ombre, lorsque la route est plane, ou s’accrochent vivement aux arbres, aux blocs de pierre, aux poteaux indicateurs, dressés sur les remblais de la chaussée, short ralph lauren tout cela constitue un ensemble de bruits divers et de visions rapides, auxquels peu de voyageurs sont insensibles. On les entend, ces bruits, on les voit, ces visions, à travers une demi-somnolence, qui leur prête un éclat quelque peu fantastique.

Le seigneur Kéraban et ses compagnons ne pouvaient échapper à ce sentiment, dont l’intensité est par instant très grande. A travers les vitres antérieures du coupé, les yeux à demi fermés, ils regardaient les grandes ombres de l’attelage, ombres capricieuses, démesurées, mouvantes, qui se développaient en avant sur la route vaguement éclairée.

Il devait être environ onze heures du soir, quand un bruit singulier les tira de leur rêverie. C’était une sorte de sifflement, comparable à celui que produit l’eau de Seltz en s’échappant de la bouteille, mais décuplé. On eût dit plutôt que quelque chaudière laissait échapper sa vapeur comprimée par son tuyau de vidange.

L’attelage s’était arrêté. Le postillon éprouvait de la peine à maîtriser ses chevaux. Ahmet, voulant savoir à quoi s’en tenir, baissa rapidement les vitres et se pencha au dehors.

« Qu’y a-t-il donc? Pourquoi ne marchons-nous plus? demanda-t-il. D’où vient ce bruit?

— Ce sont les volcans de boue, répondit le postillon.

— Des volcans de boue? short de bain ralph lauren s’écria Kéraban. Qui a jamais entendu parler de volcans de boue? En vérité, c’est une plaisante route que tu nous as fait prendre là, neveu Ahmet!

Seigneur Kéraban, vous et vos compagnons, vous feriez bien de descendre, dit alors le postillon.

— Descendre! descendre!

— Oui!… Je vous engage à suivre la chaise à pied, pendant que nous traverserons cette région, car je ne suis pas maître de mes chevaux, et ils pourraient s’emporter.

— Allons, dit Ahmet, cet homme a raison. Il faut descendre.

— Ce sont cinq ou six verstes à faire, ajouta le postillon, peut être huit, mais pas plus!

— Vous décidez-vous, mon oncle? reprit Ahmet.

— Descendons, ami Kéraban, ralph lauren enfant dit Van Mitten. Des volcans de boue?… Il faut voir ce que cela peut être! »

Le seigneur Kéraban se décida, non sans protester. Tous mirent pied à terre; puis, marchant derrière la chaise qui n’avançait qu’au pas, ils la suivirent à la lueur des lanternes.

La nuit était extrêmement sombre. Si le Hollandais espérait voir, si peu que ce fût, des phénomènes naturels signalés par le postillon, il se trompait; mais, quant à ces sifflements singuliers qui emplissaient parfois l’air d’une rumeur assourdissante, il eût été difficile de ne pas les entendre, à moins d’être sourd.

Puisque la nuitée avait été complète »

Une heure après, il faisait son entrée dans cette bourgade, et le seigneur Kéraban se contentait de dire, en regardant son neveu:

« Décidément, les eaux de la mer d’Azof et les eaux de la mer Noire ne font pas trop mauvais ménage dans le détroit d’Iénikalé! »

Et ce fut tout, et plus jamais il ne fut question ni de la rivière du neveu Ahmet, ni du Pont-Euxin de l’ami Van Mitten.

TAMAN n’est qu’une bourgade d’un aspect assez triste avec ses maisons peu confortables, ses chaumes décolorés par l’action du temps, ralph lauren soldes son église de bois, dont le clocher est incessamment enveloppé dans un épais tournoiement de faucons.

La chaise ne fit que traverser Taman. Van Mitten ne put donc visiter ni le poste militaire, qui est important, ni la forteresse de Phanagorie, ni les ruines de Tmoutarakan.

Si Kertsch est grecque par sa population et ses coutumes, Taman, elle, est cosaque. De là, un contraste que le Hollandais ne put observer qu’au passage.

La chaise, prenant invariablement par les routes les plus courtes, suivit, pendant une heure, le littoral sud de la baie de Taman. Ce fut assez pour que les voyageurs pussent reconnaître que c’était là un extraordinaire pays de chasse, — tel qu’il ne s’en rencontre peut-être pas de pareil en aucun autre point du globe.

En effet, pélicans, cormorans, grèbes, sans compter des bandes d’outardes, se remisaient dans ces marécages en quantités vraiment incroyables.

« Je n’ai jamais tant vu de gibier d’eau! fit justement observer Van Mitten. On pourrait tirer un coup de fusil au hasard sur ces marais! Pas un grain de plomb ne serait perdu! »

Cette observation du Hollandais n’amena aucune discussion. Le seigneur Kéraban n’était point chasseur, et, polo ralph lauren soldes en vérité, Ahmet songeait à tout autre chose.

Il n’y eut un commencement de contestation qu’à propos d’une volée de canards que l’attelage fit partir, au moment où il laissait le littoral sur la gauche pour obliquer vers le sud-est.

« En voilà une compagnie! s’écria Van Mitten. Il y a même, là tout un régiment!

— Un régiment? Vous voulez dire une armée! répliqua Kéraban, qui haussa les épaules.

— Ma foi, vous avez raison! reprit Van Mitten. Il y a bien là cent mille canards!

— Cent mille canards! s’écria Kéraban. Si vous disiez deux cent mille?

— Oh! deux cent mille!

— Je dirais même trois cent mille, Van Mitten, que je serais encore au-dessous de la vérité!

— Vous avez raison, ami Kéraban, » répondit prudemment le Hollandais, qui ne voulut pas exciter son compagnon à lui jeter un million de canards à la tête.

Mais, en somme, c’était lui qui disait vrai. Cent mille canards, c’est déjà une belle passée, mais il n’y en avait pas moins dans ce prodigieux nuage de volatiles qui promena une immense ombre sur la baie en se développant devant le soleil.

Le temps était assez beau, la route suffisamment carrossable. L’attelage marcha rapidement, et les chevaux des divers relais ne se firent point attendre. Il n’y avait plus de seigneur Saffar, devançant les voyageurs sur le chemin de la presqu’île.

Il va sans dire que la nuit qui venait, soldes ralph lauren on la passerait tout entière à courir vers les premiers contreforts du Caucase, dont la masse apparaissait confusément à l’horizon. Puisque la nuitée avait été complète à l’hôtel de Kertsch, c’était bien le moins que personne ne songeât à quitter la chaise avant trente-six heures.

Cependant, vers le soir, à l’heure du souper, les voyageurs s’arrêtèrent devant un des relais, qui était en même temps une auberge. Ils ne savaient trop ce que seraient les ressources du littoral caucasien, et si l’on trouverait aisément a s’y nourrir. Donc, c’était prudence que d’économiser les provisions faites à Kertsch.

L’auberge était médiocre, mais les vivres n’y manquaient pas. A ce sujet, il n’y eut point à se plaindre.

Seulement, détail caractéristique, l’hôtelier, soit défiance naturelle, ralph lauren soldes homme soit habitude du pays, voulut faire tout payer au fur et à mesure de la consommation.

Ainsi, lorsqu’il apporta du pain:

« C’est dix kopeks » dit-il. [note: Le kopek est une monnaie de cuivre qui vaut quatre centimes.]

Et Ahmet dut donner dix kopeks.

Et, lorsque les oeufs furent servis:

« C’est quatre-vingts kopeks! »

Et Ahmet dut payer les quatre-vingts kopeks demandés.

Pour le kwass, tant! pour les canards, tant! pour le sel, oui! pour le sel, tant!

Et Ahmet de s’exécuter.

Kéraban monta dans la chaise de poste »

Ahmet se tenait un peu à l’écart. Il ne savait plus que répondre à son oncle, ne voulant pas provoquer une discussion qui aurait évidemment mal tourné.

« Eh bien, mon neveu, dit Kéraban d’un ton sec, comment ferons-nous pour passer cette rivière, puisqu’il n’y a pas ou puisqu’il n’y a plus de pont? — Oh! nous trouverons bien un gué! dit négligemment Ahmet. Il y a si peu d’eau!…

— A peine de quoi se mouiller les talons!… ajouta le Hollandais, qui certainement aurait mieux fait de se taire.

— Eh bien, Van Mitten, s’écria Kéraban, retroussez votre pantalon, entrez dans cette rivière, et nous vous suivons!

— Mais … je….

— Allons!. ralph lauren homme.. retroussez!… retroussez! »

Le fidèle Bruno crut devoir intervenir pour tirer son maître de cette mauvaise passe.

« C’est inutile, seigneur Kéraban, dit-il. Nous passerons sans nous mouiller les pieds. Il y a un bac.

— Ah! il y a un bac? répondit Kéraban. Il est vraiment heureux qu’on ait songé à installer un bac sur cette rivière … pour remplacer le pont emporté … ce fameux Pont-Euxin!… Pourquoi ne pas avoir dit plus tôt qu’il y avait un bac? — Et où est-il, ce bac?

— Le voici, mon oncle, répondit Ahmet, en montrant le bac amarré au quai. Notre voiture est déjà dedans!

— Vraiment! Notre voiture est déjà…?

— Oui! tout attelée!

— Tout attelée? — Et qui a donné l’ordre?

— Personne, mon oncle! répondit Ahmet. Le maître de poste l’y a conduite lui-même … comme il fait toujours….

— Depuis qu’il n’y a plus de pont, n’est-ce pas?

— D’ailleurs, mon oncle, il n’y avait pas d’autre moyen de continuer notre voyage!

— Il y en avait un autre, neveu Ahmet! Il y avait à revenir sur ses pas et à faire le tour de la mer d’Azof par le nord!

— Deux cents lieues de plus, mon oncle! Et mon mariage? Et la date du trente? Avez-vous donc oublié le trente?…

— Point! mon neveu, et avant cette date, chaussette lacoste je saurai bien être de retour! Partons! »

Ahmet eut un instant d’émotion bien vive. Son oncle allait-il mettre à exécution ce projet insensé de revenir sur ses pas à travers la presqu’île? Allait-il, au contraire, prendre place dans le bac et traverser le détroit d’Iénikalé?

Le seigneur Kéraban s’était dirigé vers le bac. Van Mitten, Ahmet, Nizib et Bruno le suivaient, ne voulant donner aucun prétexte à la violente discussion qui menaçait d’éclater.

Kéraban, pendant une longue minute, s’arrêta sur le quai a regarder autour de lui.

Ses compagnons s’arrêtèrent.

Kéraban entra dans le bac.

Ses compagnons y entrèrent à sa suite.

Kéraban monta dans la chaise de poste.

Les autres y montèrent à sa suite.

Puis le bac fut démarré, il déborda, et le courant le porta vers la côte opposée.

Kéraban ne parlait pas, et chacun imitait son silence.

Les eaux étaient heureusement fort calmes, et les bateliers n’eurent aucune peine à diriger leur bac, tantôt au moyen de longues gaffes, tantôt avec de larges pelles, suivant les exigences du fond.

Cependant, polo ralph lauren homme il y eut un moment où l’on put craindre que quelque accident se produisit.

En effet, un léger courant, détourné par la flèche sud de la baie de Taman, avait saisi obliquement le bac. Au lieu d’atterrir à cette pointe, il fut menacé d’être entraîné jusqu’au fond de la baie. C’eût été cinq lieues à franchir au lieu d’une, et le seigneur Kéraban, dont l’impatience se manifestait visiblement, allait peut-être donner l’ordre de revenir en arrière.

Mais les bateliers, auxquels Ahmet, avant l’embarquement, avait dit quelques mots, — le mot rouble plusieurs fois répété, — manoeuvrèrent si adroitement, qu’ils se rendirent maîtres du bac.

Aussi, une heure après avoir quitté le quai d’Iénikalé, voyageurs, chevaux et voiture accostaient-ils l’extrémité de cette flèche méridionale, qui prend en russe le nom de Ioujnaïa-Kossa.

La chaise débarqua sans difficulté, et les mariniers reçurent un nombre respectable de roubles.

Autrefois, la flèche formait deux îles et une presqu’île, polo ralph lauren femme c’est-à-dire qu’elle était coupée en deux endroits par un chenal, et il eût été impossible de la traverser en voiture. Mais ces coupures sont comblées maintenant. Aussi, l’attelage put-il enlever d’un trait les quatres verstes qui séparent la pointe de la bourgade de Taman.

en se retournant vers le Hollandais »

« Diable! » se dit Van Mitten.

Il était vraiment fâcheux que le seigneur Kéraban ne fût pas né quelque cent ans plus tard! Si son voyage s’était fait à cette époque, Ahmet n’aurait pas eu sujet d’être inquiet, comme il l’était en ce moment.

En effet, ce détroit tend à s’ensabler, et finira, avec l’agglomération des sables coquilliers, par ne plus être qu’un étroit chenal à courant rapide. Si, il y a cent cinquante ans, les vaisseaux de Pierre le Grand avaient pu le franchir pour aller assiéger Azof, maintenant, les bâtiments de commerce sont forcés d’attendre que les eaux, refoulées par les vents du sud, leur donnent une profondeur de dix à douze pieds.

Mais on était en l’an 1882 et non en l’un 2000, polo ralph lauren enfant et il fallait accepter les conditions hydrographiques telles qu’elles se présentaient.

Cependant, la chaise avait descendu les pentes, qui aboutissent à Iénikalé, faisant partir d’assourdissantes volées d’outardes, remisées dans les grandes herbes. Elle s’arrêta à la principale auberge de la bourgade, et le seigneur Kéraban se réveilla.

« Nous sommes au relais? demanda-t-il.

— Oui! au relais d’Iénikalé, » répondit simplement Ahmet.

Tous mirent pied à terre et entrèrent dans l’auberge, pendant que la voiture regagnait la maison de poste. De là, elle devait se rendre au quai d’embarquement, où se trouve le bac, destiné au transport des voyageurs à pied, à cheval, en charrette, et même au passage des caravanes qui vont d’Europe en Asie ou d’Asie en Europe.

Iénikalé est une bourgade où se fait un lucratif commerce de sel, de caviar, de suif, de laine. Les pêcheries d’esturgeons et de turbots occupent une partie de sa population, qui est presque entièrement grecque. Les marins s’adonnent au petit cabotage du détroit et du littoral voisin sur de légères embarcations, polo big pony ralph lauren gréées de deux voiles latines. Iénikalé se trouve dans une importante situation stratégique, — ce qui explique pourquoi les Russes l’ont fortifiée, après l’avoir enlevée aux Turcs en 4771. C’est une des portes de la mer Noire, qui, sur ce point, a deux clefs de sûreté: la clef d’Iénikalé, d’un côté, la clef de Taman, de l’autre.

Après une demi-heure de halte, le seigneur Kéraban donna à ses compagnons le signal du départ, et ils se dirigèrent vers le quai où les attendait le bac.

Tout d’abord, les regards de Kéraban se portèrent à droite, à gauche, et une exclamation lui échappa.

« Qu’avez-vous, mon oncle? demanda Ahmet, qui ne se sentait point à l’aise.

— C’est une rivière, cela? dit Kéraban, en montrant le détroit.

— Une rivière, en effet! répondit Ahmet, qui crut devoir laisser son oncle dans l’erreur.

— Une rivière!… » s’écria Bruno.

Un signe de son maître lui fit comprendre qu’il devait ne pas insister sur ce point.

« Mais non! C’est un…. » dit Nizib.

Il ne put achever. Un violent coup de coude de son camarade Bruno lui coupa la parole, au moment où il allait qualifier, comme elle le méritait, cette disposition hydrographique.

Cependant, Lacoste Pas Cher le seigneur Kéraban regardait toujours cette rivière, qui lui barrait la route.

« Elle est large! dit-il.

— En effet … assez large … par suite de quelque crue, probablement! répondit Ahmet.

— Crue … due à la fonte des neiges!, ajouta Van Mitten, pour appuyer son jeune ami.

— La fonte des neiges … au mois de septembre? dit Kéraban, en se retournant vers le Hollandais.

— Sans doute … la fonte des neiges … des vieilles neiges … les neiges du Caucase! répondit Van Mitten, qui ne savait plus trop ce qu’il disait.

— Mais je ne vois pas de pont qui permette de franchir cette rivière? reprit Kéraban.

— En effet, mon oncle, il n’y en a plus! répondit Ahmet, en se faisant une longue-vue de ses deux mains à demi fermées, comme pour mieux apercevoir le prétendu pont de la prétendue rivière.

— Cependant, il devrait y avoir un pont . ralph lauren femme.. dit Van Mitten. Mon guide mentionne l’existence d’un pont….

— Ah! votre guide mentionne l’existence d’un pont?… répliqua Kéraban, qui, fronçant les sourcils, regardait en face son ami Van Mitten.

— Oui … ce fameux pont … dit en balbutiant le Hollandais…. Vous savez bien … le Pont-Euxin … Pontus Axenos des anciens….

— Tellement ancien, répliqua Kéraban, dont les paroles sifflaient entre ses lèvres à demi serrées, qu’il n’aura pu résister à la crue produite par la fonte des neiges … des vieilles neiges….

— Du Caucase! » put ajouter Van Mitten, mais il était à bout d’imagination.

flanquée de quatre tourelles »

Lorsque Ahmet jugea que le moment était venu de regagner l’hôtel, il montra à Van Mitten un escalier monumental, orné de balustres, qui descend du mont Mithridate à la ville et aboutit à la place du marché. Un quart d’heure plus tard, tous deux rejoignaient le seigneur Kéraban, lequel essayait vainement de discuter avec son hôte, un Tatar des plus placides. Il était temps d’arriver, car il eût fini par se fâcher en ne trouvant point l’occasion de se mettre en colère.

La chaise était là, attelée de bons chevaux d’origine persane, dont il se fait un important commerce à Kertsch. polo big pony Chacun reprit sa place, et on partit au galop d’un attelage qui ne fit point regretter le trot fatigant des dromadaires.

Ahmet n’était pas sans éprouver une certaine inquiétude en approchant du détroit. On se rappelle, en effet, ce qui s’était passé, lorsque l’itinéraire fut modifié à Kherson. Sur les instances de son neveu, le seigneur Kéraban avait consenti à ne point faire le tour de la mer d’Azof, afin de couper au plus court par la Crimée. Mais, ce faisant, il devait penser que la terre ferme ne lui manquerait en aucun point du parcours. Il se trompait, et Ahmet n’avait rien fait pour dissiper son erreur.

On peut être un très bon Turc, un excellent négociant en tabacs, et ne pas connaître à fond la géographie. L’oncle d’Ahmet devait probablement ignorer que l’écoulement de la mer d’Azof dans la mer Noire se fait par un large sund, cet antique Bosphore cimmérien, qui porte le nom de détroit d’Iénikalé, et que, par conséquent, il lui faudrait forcément traverser ce détroit, entre la presqu’île de Kertsch et la presqu’île de Taman.

Or, le seigneur Kéraban avait pour la mer une répugnance que son neveu connaissait de longue date. Que dirait-il donc, lorsqu’il se trouverait en face de cette passe, si, à cause des courants ou du peu de profondeur des eaux, il fallait la franchir dans sa plus grande largeur, qui peut être estimée à vingt milles? polo ralph lauren big pony Et s’il refusait obstinément de s’y aventurer? Et s’il prétendait remonter toute la côte orientale de la Crimée pour suivre le littoral de la mer d’Azof jusqu’aux premiers contreforts du Caucase? Quelle prolongation de voyage! Que de temps perdu! Que d’intérêts compromis! Comment serait-on à Scutari pour la date du 30 septembre?

Voilà quelles réflexions se faisait Ahmet, pendant que la chaise roulait à travers la presqu’île. Avant deux heures, elle aurait atteint le détroit, et l’oncle saurait à quoi s’en tenir. Convenait-il, dès à présent, de le préparer à cette grave éventualité? Mais, alors, que d’adresse à déployer pour que la conversation ne dégénérât pas en discussion, et de discussion en dispute! Si le seigneur Kéraban s’entêtait, rien ne le ferait démordre de son idée, et, bon gré, mal gré, il obligerait la chaise de poste à reprendre le chemin de Kertsch.

Ahmet ne savait donc à quel parti s’arrêter. S’il avouait sa ruse, il risquait de mettre son oncle hors de lui! Ne vaudrait-il pas mieux, dût-il passer lui-même pour un ignorant, feindre la plus parfaite surprise, en trouvant un détroit là où l’on croyait trouver la terre ferme?

« Qu’Allah me vienne en aide! se dit Ahmet.

Et il attendit avec résignation que le Dieu des musulmans voulût bien le tirer d’affaire.

La presqu’île de Kertsch est divisée par une longue tranchée, ralph lauren big pony faite aux temps antiques, qu’on appelle le rempart d’Akos. La route, qui la suit en partie, est assez bonne depuis la ville jusqu’au lazaret; puis, elle devient difficile et glissante, en descendant les pentes vers le littoral.

L’attelage ne put donc marcher très rapidement pendant la matinée, — ce qui permit à Van Mitten de prendre un aperçu plus complet de cette portion de la Chersonèse.

En somme, c’était la steppe russe, dans toute sa nudité. Quelques caravanes la traversaient et venaient chercher abri le long du rempart d’Akos, campant avec tout le pittoresque d’une halte orientale. D’innombrables khourghans couvraient la campagne et lui donnaient l’aspect peu récréatif d’un immense cimetière. C’étaient autant de tombeaux que les antiquaires avaient fouillés jusque dans leurs profondeurs, et dont les richesses, vases étrusques, pierres de cénotaphes, bijoux anciens, ornent maintenant les murs du temple et les salles du musée de Kertsch.

Vers midi, apparut à l’horizon une grosse tour carrée, flanquée de quatre tourelles: c’était le fort qui s’élève au nord de la bourgade d’Iénikalé.

Dans le sud, à l’extrémité de la baie de Kertsch, se dessinait le cap Au-Bouroum, big pony ralph lauren dominant le littoral de la mer Noire. Puis, le détroit s’ouvrait avec les deux pointes, qui forment le liman ou baie de Taman. Au lointain, les premiers profils du Caucase, sur la côte asiatique, faisaient comme un cadre gigantesque au Bosphore cimmérien.

Il est bien certain que ce détroit ressemblait à un bras de mer, à ce point que Van Mitten, qui connaissait les antipathies de son ami Kéraban, regarda Ahmet d’un air très étonné.

Ahmet lui fit signe de se taire. Très heureusement, l’oncle sommeillait alors, et ne voyait rien des eaux de la mer Noire et de la mer d’Azof, qui se confondent dans ce sund, dont la partie la plus étroite mesure de cinq à six milles de large.

Une sorte de bonnet phrygien »

Le temps laissait à désirer. Des nuages, d’apparence orageuse, s’amoncelaient dans l’ouest. On sentait, au delà de l’horizon, certaines menaces de bourrasque. Cette portion de la côte, battue de plein fouet par les courants atmosphériques venus du large, ne devait pas être facile à suivre; mais on ne commande pas au temps, et les fatalistes fidèles de Mahomet savent mieux que tous autres le prendre comme il vient. Toutefois, il était à craindre que la mer Noire ne continuât pas à justifier longtemps son nom grec de Pontus Euxinus, le « bien hospitalier », mais plutôt son nom turc de Kara Dequitz, qui est de moins bon augure.

Fort heureusement, solde polo ralph lauren ce n’était point la partie élevée et montagneuse du Lazistan que coupait l’itinéraire adopté. Là, les routes manquent absolument, et il faut s’aventurer à travers des forêts que la hache du bûcheron n’a point encore aménagées. Le passage de l’araba y eût été à peu près impossible. Mais la côte est plus praticable, et le chemin n’y fait jamais défaut d’une bourgade à l’autre. Il circule au milieu des arbres fruitiers, sous l’ombrage des noyers, des châtaigniers, entre les buissons de lauriers et de rosiers des Alpes, enguirlandés par les inextricables sarments de la vigne sauvage.

Toutefois, si cette lisière du Lazistan offre un passage assez facile aux voyageurs, elle n’est pas saine dans ses parties basses. Là s’étendent des marécages pestilentiels; là règne le typhus à l’état endémique, depuis le mois d’août jusqu’au mois de mai. Par bonheur pour le seigneur Kéraban et les siens, on était en septembre, et leur santé ne courait plus aucun risque. Des fatigues, oui! des maladies, non! Or, si on ne se guérit pas toujours, on peut toujours se reposer. Et lorsque le plus entêté des Turcs raisonnait ainsi, ses compagnons ne pouvaient rien avoir à lui répondre.

L’araba s’arrêta à la bourgade d’Archawa, vers neuf heures du matin. On se mit en mesure d’en repartir une heure après, short ralph lauren sans que Van Mitten eût trouvé le joint pour toucher un mot de ses fameux projets d’emprunt à son ami Kéraban.

De là, cette demande de Bruno:

« Eh bien, mon maître, est-ce fait?…

— Non, Bruno, pas encore.

— Mais il serait temps de….

— A la prochaine bourgade!

— A la prochaine bourgade?…

— Oui, à Witse. »

Et Bruno, qui, au point de vue pécuniaire, dépendait de son maître comme son maître dépendait du seigneur Kéraban, reprit place dans l’araba, non sans dissimuler, cette fois, sa mauvaise humeur.

« Qu’a-t-il donc, ce garçon? demanda Kéraban.

— Rien, se hâta de répondre Van Mitten, pour détourner la conversation. Un peu fatigué, peut-être!

— Lui! répliqua Kéraban. Il a une mine superbe! Je trouve même qu’il engraisse!

— Moi! s’écria Bruno, touché au vif.

— Oui! il a des dispositions à devenir un beau et bon Turc, short de bain ralph lauren de majestueuse corpulence! »

Van Mitten saisit le bras de Bruno qui allait éclater à ce compliment, si inopportunément envoyé, et Bruno se tut.

Cependant, l’araba se maintenait en bonne allure. Sans les cahots qui provoquaient de violentes secousses à l’intérieur, lesquelles se traduisaientpar des contusions plus désagréables que douloureuses, il n’y aurait rien eu à dire.

La route n’était pas déserte. Quelques Lazes la parcouraient, descendant les rampes des Alpes Pontiques, pour les besoins de leur industrie ou de leur commerce. Si Van Mitten eût été moins préoccupé de son « interpellation », il aurait pu noter sur ses tablettes les différences de costume qui existent entre les Caucasiens et les Lazes. Une sorte de bonnet phrygien, dont les brides sont enroulées autour de la tête en manière de coiffure, remplace la calotte géorgienne. Sur la poitrine de ces montagnards, grands, bien faits, blancs de teint, élégants et souples, ralph lauren enfant s’écartèlent les deux cartouchières disposées comme les tuyaux d’une flûte de Pan. Un fusil court de canon, un poignard à large lame, fiché dans une ceinture bordée de cuivre, constituent leur armement habituel.

Quelques âniers suivaient aussi la route et transportaient aux villages maritimes les productions en fruits de toutes les espèces, qui se récoltent dans la zone moyenne.

En somme, si le temps eût été plus sûr, le ciel moins menaçant, les voyageurs n’auraient point eu trop à se plaindre du voyage, même fait dans ces conditions.

en admettant que l’impatient »

La route se fit lentement et en silence. Le seigneur Kéraban couvait intérieurement sa colère, qui se manifestait par ces mots souvent répétés: « Cosaques, railway, wagon, Saffar! » Lui, Van Mitten, guettait l’occasion de s’ouvrir à qui de droit de ses projets de séparation; mais il n’osait, ne trouvant pas le moment favorable, dans l’état où était son ami qui se fût enlevé au moindre mot.

On arriva à Choppa à neuf heures du soir. Cette étape, faite à pied, exigeait le repos de toute une nuit. L’auberge était médiocre; mais, la fatigue aidant, tous y dormirent leurs dix heures consécutives, ralph lauren soldes tandis qu’Ahmet, le soir même, se mettait en campagne pour trouver un moyen de transport.

Le lendemain, 14 septembre, à sept heures, une araba était tout attelée devant la porte de l’auberge.

Ah! qu’il y avait lieu de regretter l’antique chaise de poste, remplacée par une sorte de charrette grossière, montée sur deux roues, dans laquelle trois personnes pouvaient à peine trouver place! Deux chevaux à ses brancards, ce n’était pas trop pour enlever cette lourde machine. Très heureusement, Ahmet avait pu faire recouvrir l’araba d’une bâche imperméable, tendue sur des cercles de bois, de manière à tenir contre le vent et la pluie. Il fallait donc s’en contenter en attendant mieux; mais il n’était pas probable que l’on pût se rendre à Trébizonde en plus confortable et plus rapide équipage.

On le comprendra aisément: à la vue de cette araba, Van Mitten, si philosophe qu’il fût, et Bruno, absolument éreinté, ne purent dissimuler une certaine grimace qu’un simple regard du seigneur Kéraban dissipa en un instant.

« Voilà tout ce que j’ai pu trouver, mon oncle! dit Ahmet en montrant l’araba.

— Et c’est tout ce qu’il nous faut! répondit Kéraban, qui, pour rien au monde, n’eût voulu laisser voir l’ombre d’un regret à l’endroit de son excellente chaise de poste.

— Oui . polo ralph lauren soldes.. reprit Ahmet, avec une bonne litière de paille dans cette araba….

— Nous serons comme des princes, mon neveu!

— Des princes de théâtre! murmura Bruno.

— Hein? fit Kéraban.

— D’ailleurs, reprit Ahmet, nous ne sommes plus qu’à cent soixante agatchs [Footnote: Environ soixante lieues.] de Trébizonde, et là, j’y compte bien, nous pourrons nous refaire un meilleur équipage.

— Je répète que celui-ci suffira! » dit Kéraban, en observant, sous son sourcil froncé, s’il surprendrait au visage de ses compagnons l’apparence d’une contradiction.

Mais tous, écrasés par ce formidable regard s’étaient fait une figure impassible.

Voici ce qui fut convenu: le seigneur Kéraban, Van Mitten et Bruno devaient prendre place dans l’araba, dont l’un des chevaux serait monté par le postillon, chargé du soin de relayer après chaque étape; Ahmet et Nizib, très habitués aux fatigues de l’équitation, suivraient à cheval. On espérait ainsi ne point éprouver trop de retard jusqu’à Trébizonde. Là, dans cette importante ville, on aviserait au moyen de terminer ce voyage le plus confortablement possible.

Le seigneur Kéraban donna donc le signal du départ, après que l’araba eut été munie de quelques vivres et ustensiles, soldes ralph lauren sans compter les deux narghilés, heureusement sauvés de la collision, et qui furent mis à la disposition de leurs propriétaires. D’ailleurs, les bourgades de cette partie du littoral sont assez rapprochées les unes des autres. Il est même rare que plus de quatre à cinq lieues les séparent. On pourrait donc facilement se reposer ou se ravitailler, en admettant que l’impatient Ahmet consentit à accorder quelques heures de repos et surtout que les douckhans des villages fussent suffisamment approvisionnés.

« En route! » répéta Ahmet après son oncle, qui avait déjà pris place dans l’araba.

En ce moment, Bruno s’approcha de Van Mitten, et d’un ton grave, presque impérieux:

« Mon maître, dit-il, et cette proposition que vous devez faire au seigneur Kéraban?

— Je n’ai pas encore trouvé l’occasion, répondit évasivement Van Mitten. D’ailleurs, il ne me paraît pas très bien disposé….

— Ainsi, nous allons monter là-dedans? ralph lauren soldes homme reprit Bruno en désignant l’araba d’un geste de profond dédain!

— Oui…. provisoirement!

— Mais quand vous déciderez-vous à faire cette demande d’argent de laquelle dépend notre liberté?

— A la prochaine bourgade, répondit Van Mitten.

— A la prochaine bourgade?…

— Oui! à Archawa! »

Bruno hocha la tête en signe de désapprobation et s’installa derrière son maître au fond de l’araba. La lourde charrette partit d’un assez bon trot sur les pentes de la route.

De retrouver une chaise de poste ou tout »

Après avoir prononcé cette formule qui est le « serment de Dieu », le seigneur Kéraban ne pouvait rien dire de plus terrible: il se tut.

Mais comment voyagerait-on, maintenant que la chaise de poste manquait aux voyageurs? De suivre la route à cheval, cela ne pouvait sérieusement se proposer au seigneur Kéraban. Sa corpulence s’y opposait. S’il eût souffert du cheval, le cheval aurait encore plus souffert de lui. Il fut donc convenu que l’on se rendrait à Choppa, la bourgade la plus rapprochée. Ce n’était que quelques verstes à faire, et Kéraban les ferait à pied, — Bruno aussi, car il était tellement moulu qu’il n’aurait pu réenfourcher sa monture.

« Et cette demande d’argent dont vous devez parler? . ralph lauren homme.. dit-il à son maître qu’il avait tiré à part.

— A Choppa! » répondit Van Mitten.

Et il ne voyait pas sans quelque inquiétude approcher le moment où il devrait toucher cette question délicate.

Quelques instants après, les voyageurs descendaient la route dont la pente côtoie les rivages du Lazistan.

Une dernière fois, le seigneur Kéraban se retourna pour montrer le poing aux Cosaques, qui l’avaient si désobligeamment embarqué, — lui!— dans un wagon de chemin de fer, et, au détour de la côte, il perdit de vue la frontière de l’empire moscovite.

« UN singulier pays! écrivait Van Mitten sur son carnet de voyage, en notant quelques impressions prises au vol. Les femmes travaillent à la terre, portent les fardeaux, tandis que les hommes filent le chauvre et tricotent la laine. »

Et le bon Hollandais ne se trompait pas. Cela se passe encore ainsi dans cette lointaine province du Lazistan, en laquelle commençait la seconde partie de l’itinéraire.

C’est un pays encore peu connu, ce territoire qui part de la frontière caucasienne, cette portion de l’Arménie turque, chaussette lacoste comprise entre les vallées du Charchout, du Tschorock et le rivage de la Mer Noire. Peu de voyageurs, depuis le Français Th. Deyrolles, se sont aventurés à travers ces districts du pachalik de Trébizonde, entre ces montagnes de moyenne altitude, dont l’écheveau s’embrouille confusément jusqu’au lac de Van, et enserre la capitale de l’Arménie, celle Erzeroum, chef-lieu d’un villayet qui compte plus de douze cent mille habitants.

Et cependant, ce pays a vu s’accomplir de grands faits historiques. En quittant ces plateaux où les deux branches de l’Euphrate prennent leur source, Xénophon et ses Dix Mille, reculant devant les armées d’Artaxerce Mnémon, arrivèrent sur le bord du Phase. Ce Phase n’est point le Rion qui se jette à Poti: c’est le Kour, descendu de la région caucasienne, et il ne coule pas loin de ce Lazistan à travers lequel le seigneur Kéraban et ses compagnons allaient maintenant s’engager.

Ah! si Van Mitten en avait eu le temps, quelles observations précieuses il aurait sans doute faites et qui sont perdues pour les érudits de la Hollande! Et pourquoi n’aurait-il pas retrouvé l’endroit précis ou Xénophon, général, historien, philosophe, livra bataille aux Taoques et aux Chalybes en sortant du pays des Karduques, polo ralph lauren homme et ce mont Chenium, d’où les Grecs saluèrent de leurs acclamations les flots si désirés du Pont-Euxin?

Mais Van Mitten n’avait ni le temps de voir ni le loisir d’étudier, ou plutôt on ne le lui laissait pas. Et alors Bruno de revenir à la charge, de relancer son maître, afin que celui-ci empruntât au seigneur Kéraban ce qu’il fallait pour se séparer de lui.

« A Choppa! » répondait invariablement Van Mitten.

On se dirigea donc vers Choppa. Mais là, trouverait-on un moyen de locomotion, un véhicule quelconque, pour remplacer la confortable chaise, brisée au railway de Poti?

C’était une assez grave complication. Il y avait encore près de deux cent cinquante lieues à faire, et dix-sept jours seulement jusqu’à cette date du 30 courant. Or, c’était à cette date que le seigneur Kéraban devait être de retour! C’était à cette date qu’Ahmet comptait retrouver à la villa de Scutari la jeune Amasia qui l’y attendrait pour la célébration du mariage! On comprend donc que l’oncle et le neveu fussent non moins impatients l’un que l’autre. polo ralph lauren femme De là, un très sérieux embarras sur la manière dont s’accomplirait cette seconde moitié du voyage.

De retrouver une chaise de poste ou tout simplement une voiture dans ces petites bourgades perdues de l’Asie Mineure, il n’y fallait point compter.

Force serait de s’accommoder de l’un des véhicules du pays, et cet appareil de locomotion ne pourrait être que des plus rudimentaires.

Ainsi donc, soucieux et pensifs, allaient, sur le chemin du littoral, le seigneur Kéraban à pied, Bruno traînant par la bride son cheval et celui de son maître qui préférait marcher à côté de son ami; Nizib, monté et tenant la tête de la petite caravane. Quant à Ahmet, il avait pris les devants, afin de préparer les logements à Choppa, et faire l’acquisition d’un véhicule, de manière à repartir au soleil levant.

que de survivre à pareille honte »

« En chemin de fer! s’écria-t-il. Ces misérables m’ont forcé à monter en chemin de fer! … Moi! … moi! »

Bien évidemment, d’avoir été réduit à ce mode de locomotion, indigne d’un vrai Turc, c’était ce qui excitait chez le seigneur Kéraban la plus violente irritation! Non! il ne pouvait digérer cela! Sa rencontre avec le seigneur Saffar, sa querelle avec cet insolent personnage et ce qui en était suivi, le bris de sa chaise de poste, l’embarras où il allait se trouver pour continuer son voyage, il oubliait tout devant cette énormité: avoir été en chemin de fer! Lui, un vieux croyant!

« Oui! c’est indigne! répondit Ahmet, polo ralph lauren enfant qui pensa que c’était ou jamais le cas de ne pas contrarier son oncle.

— Oui, indigne! ajouta Van Mitten, mais, après tout, ami Kéraban, il ne vous est rien arrivé de grave….

— Ah! prenez garde à vos paroles, monsieur Van Mitten! s’écria Kéraban. Rien de grave, dites-vous? »

Un signe d’Ahmet au Hollandais lui indiqua qu’il faisait fausse route. Son vieil ami venait de le traiter de: « Monsieur Van Mitten » et continuait de l’interpeller de la sorte:

« Me direz-vous ce que vous entendez par ces inqualifiables paroles: rien de grave?

— Ami Kéraban, j’entends qu’aucun de ces accidents habituels aux chemins de fer, ni déraillement, ni tamponnement, ni collision….

— Monsieur Van Mitten, mieux vaudrait avoir déraillé! s’écria Kéraban. Oui! par Allah! mieux vaudrait avoir déraillé, avoir perdu bras, jambes et tête, entendez-vous, que de survivre à pareille honte!

— Croyez bien, ami Kéraban! . polo big pony ralph lauren.. reprit Van Mitten, qui ne savait comment pallier ses imprudentes paroles.

— Il ne s’agit pas de ce que je puis croire! répondit Kéraban en marchant sur le Hollandais, mais de ce que vous croyez! … Il s’agit de la façon dont vous envisagez ce qui vient d’arriver à l’homme qui, depuis trente ans, se croyait votre ami. »

Ahmet voulut détourner une conversation dont le plus clair résultat eût été d’empirer les choses.

« Mon oncle, dit-il, je crois pouvoir l’affirmer, vous avez mal compris monsieur Van Mitten….

— Vraiment!

— Ou plutôt monsieur Van Mitten s’est mal exprimé! Tout comme moi, il ressent une indignation profonde pour le traitement que ces maudits Cosaques vous ont infligé! »

Heureusement, tout cela était dit en turc, et les « maudits Cosaques » n’y pouvaient rien comprendre.

« Mais, en somme, mon oncle, c’est à un autre qu’il faut faire remonter la cause de tout cela! C’est un autre qui est responsable de ce qui vous est arrivé! C’est l’impudent personnage qui a fait obstacle à votre passage au railway de Poti! C’est ce Saffar!…

— Oui! ce Saffar! s’écria Kéraban, ralph lauren enfants très opportunément lancé par son neveu sur cette nouvelle piste.

— Mille fois oui, ce Saffar! se hâta d’ajouter Van Mitten. C’est là ce que je voulais dire, ami Kéraban!

— L’infâme Saffar! dit Kéraban.

— L’infâme Saffar! » répéta Van Mitten en se mettant au diapason de son interlocuteur.

Il aurait même voulu employer un qualificatif plus énergique encore, mais il n’en trouva pas.

« Si nous le rencontrons jamais! … dit Ahmet.

— Et ne pouvoir retourner à Poti! s’écria Kéraban, pour lui faire payer son insolence, le provoquer, lui arracher l’âme du corps, le livrer à la main du bourreau!…

— Le faire empaler!…. » crut devoir ajouter Van Mitten, qui se faisait féroce pour reconquérir une amitié compromise.

Et cette proposition, si bien turque, on en conviendra, lui valut un serrement de main de son ami Kéraban.

« Mon oncle, dit alors Ahmet, ralph lauren femme il serait inutile, en ce moment, de se mettre à la recherche de ce Saffar!

— Et pourquoi, mon neveu?

— Ce personnage n’est plus à Poti, reprit Ahmet, Quand nous y sommes arrivés, il venait de s’embarquer sur le paquebot qui fait le service du littoral de l’Asie Mineure.

— Le littoral de l’Asie Mineure! s’écria Kéraban, Mais notre itinéraire ne suit-il pas ce littoral?

— En effet, mon oncle!

— Eh bien! si l’infâme Saffar, répondit Kéraban, se rencontre sur mon chemin, Vallah-billah tielah! Malheur à lui! »

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